Le rôle des médias dans la montée en puissance du tourisme durable

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Contrairement à ce que l’on lit souvent, le tourisme durable n’est pas un concept récent issu de la montée en puissance de son cousin, plus médiatisé, le développement durable. Bien au contraire, au-delà du terme même, de nombreuses initiatives de tourisme vert, éthique, alternatif, engagé, responsable, solidaire essaiment un peu partout dans le monde depuis les années 1960. Nombre de convaincus, militants, activistes ou tout simplement professionnels du secteur agissent également depuis longtemps. Il faut toutefois reconnaître que depuis une bonne dizaine d’années, le tourisme durable est mieux connu du grand public. Au-delà des médias spécialisés qui ont fait un travail de fourmi année après année, peu à peu, les grands médias commencent aussi à s’emparer du sujet, prenant conscience que le monde du voyage bouge et que l’enjeu du tourisme durable a rejoint de grands enjeux tel le réchauffement climatique et la pérennité de notre planète…

Toute cause génère son principe inverse

Toute cause a besoin de relais, sinon, passés les premiers feux, elle décroit, s’essouffle, et finit par s’éteindre. Mais le tourisme durable est-il vraiment une cause ? N’est-ce pas plutôt une alternative, un choix différent, l’envie de proposer d’autres modèles et finalement, une évidence. Avec la popularisation du voyage, le tourisme est devenu une source de revenus et de croissance. Dans les années 1960, l’intensification de l’industrie touristique a entraîné l’apparition de stations balnéaires, une multiplication des tours opérateurs, des hôtels, compagnies aériennes, etc. Le terme de tourisme de masse est apparu, victorieux, scandant la réussite des Trente Glorieuses et l’élévation du niveau de vie un peu partout en occident. Toutefois, très vite, des contre-modèles se sont également mis en place. A partir du moment où l’on a « fait » du tourisme, on a aussi voulu « faire » un autre tourisme, prôner la différence, un autre regard sur le voyage. Dans les années 60, le débat se focalise entre l’approche économique – le tourisme vu comme un facteur de développement – et la peur d’une industrie mercantile qui favorise la destruction de sociétés primitivement saines. Il est toujours d’actualité. L’ambivalence du tourisme est posée.

Les premiers relais

Impossible ici de citer la multiplicité des relais institutionnels, professionnels mais aussi et surtout associatifs (ils sont alors les plus actifs) qui ont permis au tourisme durable de consolider peu à peu ses bases. Quelques petites incises toutefois, pour montrer que le concept ne date pas d’hier. Ainsi, au sommet de la Terre de Rio, dès juin 1992, l’adjectif “durable” ou sustainable s’impose. L’exemple des campements intégrés du Sénégal (dès 1971) est  également une référence majeure. Au cours des années quatre-vingt, puis au début des années quatre-vingt-dix, de plus en plus d’associations  font aussi entendre leurs voix. Parmi ces précurseurs, il est important de citer le TEN (Tourism European Network) dont l’association Transverses, créée en 1993, est le volet français. Pendant des années, elle a recueilli et diffusé des informations sur les situations particulièrement préoccupantes créées par le tourisme dans certaines régions du monde mais aussi fait émerger toute une réflexion sur le tourisme nord-sud. Transverses, aujourd’hui disparue avec son initiatrice, Dora Valayer, a été accompagnée ou suivie par nombres d’autres réseaux, qui pour la plupart n’existent plus aujourd’hui tels Archimède, Maisons du Monde, le Groupe Développement,  AidéTous,  Echoway, l’Association Française d’Ecotourisme, etc.

Les premiers médias

Côté média, mis à part quelques rares étincelles, il faut attendre le début des années 2000 pour voir ici et là poindre des articles et dossiers sur le tourisme durable. Ils accompagnent souvent la naissance de mouvements et réseaux tels l’avènement d’ATR et de l’ATES, aujourd’hui très en vue, ou viennent appuyer les premières initiatives et chartes qui commencent à émerger. Toutefois, le tourisme durable reste alors très peu connu du grand public, la majeur partie des journalistes continuant à y voir une niche, ou tout au plus une part infime de l’activité touristique, ce qui n’est pas totalement faux, mais va  peu à peu évoluer. Il faut dire que depuis le tournant du siècle, le développement durable a fait des émules, de plus en plus d’acteurs majeurs se sont emparés de cette thématique et peu à peu, elle s’est immiscée dans tous les secteurs. Le tourisme ne fait pas exception, et force est de constater qu’au-delà des seuls réseaux associatifs, hébergeurs, transporteurs, voyagistes, sites, nombre de professionnels commencent à s’emparer du sujet, chacun dans son domaine, entraînant une floraison de labels et de déclaration d’intention en tout genre. Reste à fédérer et rassembler l’ensemble de ces pratiques et initiatives diffuses dans le grand bain du tourisme durable, qui prône l’importance du tourisme comme levier de développement pour les territoires, mais aussi l’importance de minimiser ses impacts sur l’environnement et de s’attacher à favoriser toutes les règles du jeu social (salaires ici et là bas, respect des hôtes, des travailleurs du tourisme, accès aux vacances pour tous, etc.). Vaste sujet !

Et demain toujours plus d’échos ?

C’est aussi au cours des années 2000 que naît un média dédié au tourisme durable – voyageons-autrement.com, en 2008 exactement, conscient de l’importance de relayer les actions d’acteurs engagés souvent passés sous silence dans les grands médias. Onze ans ont passé,  un ouvrage et près de 5 000 articles en ligne plus tard, le constat est là, la place du tourisme durable a bien progressé. On trouve à présent des pages « tourisme durable » dans nombre de magazines et guides de voyages, le magazine A/R par exemple, y consacre plusieurs pages dans chacun de ses numéros, et les guides Viatao, se sont même spécialisés dans les adresses et références responsables. Les sites internet aussi ont essaimé, tels Babel Voyages, et même le site web de TV5Monde qui dédie un onglet au tourisme durable. En outre, dans les médias spécialisés, l’Echotouristique, Tourmag, Tour Hebdo, on lit de plus en plus d’articles en lien, jusqu’à Féminin Bio qui y consacre une rubrique. Certes, le tourisme durable n’est pas encore sous « les feux de la rampe » et beaucoup reste à faire pour lui donner plus d’écho mais le grand public a commencé à prendre conscience d’un mouvement qui grossit. Dans cet élan et dans un soucis d’information permanent, notre portail a décidé de lancer un trimestriel papier – la feuille de choux– sous forme de 8 pages d’articles et dossiers visant à mettre en lumière certains des grands enjeux du moment. Le premier numéro vient à peine de paraître, et sera diffusé gracieusement afin d’aider à faire circuler cette information durable qui reste encore trop peu médiatisée.

Rédigé par Geneviève Clastres

Pour commander La Feuille de Chou
http://www.voyageons-autrement.com/leguide/cart/?fdc=1

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